L'année 2009 a certainement été la pire pour la presse et donc pour le photojournalisme. Crise oblige, les revenus issus de la publicité se sont effondrés (- 25% aux Etats Unis). Quant aux revenus issus de la vente des journaux et des abonnements, ce n'est guère mieux. Ce n'est certes pas nouveau mais l'année 2009 a encore enfoncé la presse dans le marasme où elle se trouve depuis 15-20 ans.Et quand la presse va mal, le photojournalisme va mal.

Tout le monde garde en mémoire la fin de Gamma. Puis ce fut au tour de Grazia Neri, fameuse agence italienne, de disparaître. Dernièrement, on apprenait que l'Oeil Public déposerait le bilan en janvier 2010. Même les grosses structures internationales souffrent. Corbis, propriété de Bill Gates, a été touché par un plan social en Europe.

Mais le pire reste à venir. En 2010, l'agence Getty devrait lancer une offensive qui risque de faire mal. Comme l'explique Paul Melcher, dans “The year of the Predator”, Getty va proposer aux éditeurs des prix imbattables en échange d'un approvisionnement exclusif. Et quand on sait que Getty est associé avec l'AFP, Flickr, et propose de la photo de news et de la photo d'illustration dans tous les domaines sans oublier la vidéo, ça en devient presque effrayant. L'objectif de ce projet de vente à perte est de tuer la concurrence en particulier Corbis. Une fois le marché dégagé, Getty pourra alors, du haut de son monopole, faire ce qu'il voudra en terme de tarifications ou de droits d'auteurs... No comment.

Pour les photographes freelance, la situation est pire. Les commandes sont toujours aussi rares et aussi mal payées. Les indépendants doivent faire du corporate (mariage, communication d'entreprise) pour survivre et partir sur des sujets personnels. Comme un symbole, j'ai découvert dernièrement sur journalphoto.fr que Antony Suau, world press photo of the year 2008, n'avait pas eu une seule commande depuis le sujet sur la crise aux Etats Unis diffusé sur le site web de Time. Effarant.

Malgré le marasme, il existe des raisons d'espérer et peut être même des solutions.

Paradoxalement, alors que la profession va très mal, le photojournalisme n'a jamais été aussi tendance. Les festivals (Visa, Arles...), les expositions, les sites comme The Big Picture rencontrent un vrai succès. Il existe un public avide de reportages photos.

Les solutions pour s'en sortir: certaines existent déjà, les autres sont à inventer. Si je vous dis personnal branding, réseaux sociaux, webdocu, multimédia, B2C...Je vous conseille vivement la lecture de deux séries de posts qui relèvent et détaillent toutes ces idées.

Vous trouverez sur le site de Pierre Morel une série en 5 volets intitulée "Et si les photojournalistes étaient les plus aptes à sur-vivre aux mutations des médias ? ". Pierre Morel y explique longuement que la presse est en crise et que les photographes sont selon lui les mieux armés pour traverser cette crise. Il estime que les photographes doivent s'affranchir des structures existantes (agences, journaux, magazines...), se lancer dans les nouvelles écritures journalistiques (webdocu, diaporamas sonores...) et travailler leur personnal branding grâce aux réseaux sociaux (Facebook, twitter, blog...). Résumer en deux lignes, ces propos relève de la caricature mais c'est vraiment très intéressant.

De son côté Gérald Holubowicz dans une série d'article intitulée "sortir du cadre" tente de chercher ce que sera le futur du photojournalisme: "la stratégie multimédia" / "Photojournalisme Open(re)sources" / "photojournalisme, la nouvelle musique" / "What would google do ?" / "What would google do ? (part 2)" / "2010 et la nouvelle décennie". Le photographe new yorkais préconise de se diversifier. Pour lui, un reporter photographe doit savoir prendre du son, programmer, faire un peu de vidéo et la monter. Holubowicz va plus loin dans sa réflexion. Il estime qu'il faut repenser le financement du photojournalisme. Selon lui, les journaux ne produisent plus et les agences ne rétribuent pas suffisamment le photographe. Il préconise de laisser tomber le B2B (business to business) pour le B2C (business to consumers). C'est à dire faire financer directement les reportages par les lecteurs...

Quels sont les débouchés ? Comment gagne-t-on sa vie ? Si les journaux ne produisent pas et ne paient pas des reportages photos, pourquoi leurs sites internet le feraient-ils pour des webdocus ?
Il faut donc publier ces contenus via des structures qui n'existent pas encore.
L'avenir viendra peut être de la téléphonie mobile. Les smartphones avec leurs grands écrans et leur accès illimité à internet ont créé de nouveaux besoins, de nouvelles pratiques. 100 000 applications (gratuites et payantes) sont disponibles sur l'AppStore pour Iphone. 2 milliards ont déjà été téléchargées. Mais pour la presse, tout reste à faire: très peu de journaux en France disposent d'un site internet adapté à la téléphonie mobile. Encore moins d'une application spécifique.

2010 devrait voir apparaitre les tablettes numériques comme le Kindle, la tablette d'Apple ou le projet Courrier chez Microsoft. Quelques médias se penchent déjà sur ce nouveau support: Sport Illustrated (ici et ) et le groupe de presse scandinave Bonnier (ici).

Si parallèlement on adosse à ces tablettes des plateformes spécifiques ou intégrées à ITunes par exemple, on peut vendre aisément des livres, des journaux, des magazines (avec du contenu multimédia), mais aussi de la musique, des films.
Tout ça peut paraître un brin futuriste, mais toutes les technologies existent et fonctionnent. Apple doit annoncer la sortie de sa tablette le 19 janvier 2010. Dans moins de trois semaines. Autant dire demain...