Media labs, kezako ? Littéralement, ça veut dire laboratoire des médias. Mais encore... C'est ainsi que l'on peut nommer les essais des médias américains (encore eux, je sais) dans le domaine du rich media. Concrètement, on peut comparer ces media labs à des cellules de recherche et développement dans lesquels les médias testent les nouveaux moyens de narration de l'information.

contentImage_PoweroftheTimesLe plus connu et certainement le plus innovant est sans aucun doute celui du New York Times. Tous les contenus en rich media sont directement injectés dans les rubriques concernées. Ils sont aussi centralisés sur un blog, le bien nommé "Multimédia/photo". On y trouve des diaporamas sonores ou non, des interactives features (reportage interactif) ou des vidéos features, des frises chronologiques (timeline), des graphiques interactifs . Le tout est complété par des sites spécifiques à la vidéo, au podcast, au photojournalisme. Ils développent aussi des projets spéciaux comme One in 8 million: série de portraits de new yorkais tout en diaporama audio. Ou encore l'impressionnant dossier consacré au tremblement de terre en Haïti.

On pourrait croire que ce genre de media lab ne soit le fait que des grands journaux comme le NYT ou le Wall Street Journal ou le Washington Post, mais des structures similaires existent aussi dans les journaux locaux aux Etats Unis.

Prenons le cas du Roanoke Times. Comme son nom l'indique, c'est le quotidien de la petite ville de Roanoke, dans l'état de Virginie sur la côte est des USA. Le tirage quotidien est 93.000 exemplaires semaine et 106.000 le dimanche. Ce n'est donc pas un très gros journal, mais un journal qui marche bien puisque que la ville de Roanoke compte un peu moins de 93.000 habitants et l'agglomération 295.000 citoyens. Ce journal dispose d'un media lab. On y trouve les classiques vidéos, diaporamas, blogs mais aussi des projets plus denses comme un dossier entièrement multimédia consacré à l'alcool sur les campus universitaires locaux, un autre consacré au massacre du campus de Virginia Tech, enfin un autre propose une visite interactive d'un musée...

Autre exemple, autre lieu. Toujours aux Etats-Unis, allons dans le Colorado voir les confrères du Denver Post. Quotidien de la capitale du Colorado, Denver qui compte près de 600 000 habitants intra muros pour une agglomération de 2.5 millions de citoyens. Le Denver Post est le 31eme quotidien du pays (cf top 100 daily newspaper in US / 2006) avec environ 205 000 exemplaires par jour en semaine et près de 705.000 le dimanche. C'est une belle rédaction mais on est encore loin du NYT qui fait environ 1.150.000 exemplaires semaine et 1.700.000 le dimanche. Malgré cette 31eme place dans les charts, le Denver Post dispose lui aussi de son media lab. Là encore, on trouve des diaporamas, des blogs (sur le modèle de Big Picture) mais ce qui fait la particularité de ce media lab, ce sont les special projects. Dont un consacré à un jeune soldat envoyé en Irak. Ce projet est extrêmement intéressant tant sur le fond que la forme. Il est très dense, peut être même trop. Mais c'est aussi la force de ce genre de production. On peut se contenter de le visionner pendant 5 minutes comme y rester 5 heures. C'est selon la volonté du lecteur/spectateur.

Un dernier exemple pour la route. Cette fois ci, on file sur la côté Ouest dans la célèbre Silicone Valley et plus précisément dans la ville de San José: environ 1.000.000 d'habitants pour une métropole de 7.400.000 citoyens. Le quotidien est le San José Mercury News et diffuse environ 230.000 exemplaires/jour en semaine et 251.000 le dimanche. C'est le 35ème journal des USA. Et devinez quoi, lui aussi dispose d'un media lab: le Mercury News Photo. On y trouve le même genre de production que dans les autres médias labs.

Alors pourquoi j'ai choisi de mettre en valeur ces quelques exemples allant du mondialement connu New York Times à l'ultra local Roanoke Times? C'est pour démontrer que, quels que soient les moyens financiers et humains, ces journaux et ces medias labs jouent un rôle crucial pour l'avenir de la presse écrite. Ces nouvelles formes de narrations expérimentées dans ces médias labs prônent à mon sens ce que sera une partie de l'avenir des médias. Et ils prônent plus particulièrement ce que sera l'avenir du photojournaliste dans les journaux. C'est à dire quelqu'un qui maîtrise l'image fixe et animée, la prise de son et qui arrive à mettre en scène, en interaction toutes ces composantes pour offrir de la valeur ajoutée à l'information.

Force est de constater que dans le monde de la presse écrite française, rien de comparable n'existe encore. Hormis lemonde.fr, aucun journal ne produit ou ne diffuse de tels contenus. Il faut donc se lancer pour anticiper le mouvement et ne pas le subir.

C'est bien beau tout ça, me direz vous, mais comment fait-on ? Tous les journaux de France ont un point en commun: l'AFP. Ils y sont tous abonnés. Depuis quelques années l'AFP propose à ses clients des produits clés en main à destination du web et/ou de l'internet mobile. C'est une solution intéressante pour le news national ou international mais pas pour le local. De plus, comme tout le monde est abonné à l'AFP, le lecteur qui peut passer d'un journal à l'autre risque de tomber sur les mêmes contenus ailleurs. Pour le local et/ou pour injecter de la valeur ajoutée (exclusivité des contenus / contenus enrichis) il faut produire en interne. Logiquement, c'est là que les problèmes commencent: manque de moyens humains et financiers, combats syndicaux (parfois légitimes), organisation des rédactions non adaptée, peur de l'inconnu.

Rassurez vous, il existe des moyens peu chers et très souples qui permettent de mettre en place un média lab version frenchie...

Ce sera l'occasion d'un prochain post...

M.A.J le 27/02/2010: Comme me l'a fait remarquer à juste titre un confrère dernièrement, mon affirmation ("l'AFP était le point commun à tout les journaux de France") est fausse. Depuis quelques temps, crise des journaux oblige, l'AFP perd quelques clients dont le quotidien régional La Provence. Plus d'infos ici et .