53613

En regardant de plus près la liste des prix du Pulitzer 2010, on remarque que le web et le Rich Media sont très présents. Et c'est plutôt une bonne nouvelle.

Pour la première fois depuis la création du prix en 1917, un média pure player est récompensé. Pas dans une sous-catégorie web, mais dans le très classe domaine du reportage d'investigation.

C'est ProPublica qui remporte la mise pour un sujet consacré à un centre social à la Nouvelle Orléans après le passage de l'ouragan Katrina. ProPublica, c'est donc un pure player qui se définit comme une structure indépendante à but non lucratif ayant pour pratique le journalisme d'investigation. ProPublica est basé à New York, et a été financé par Herbert et Marion Sandler, rois de la finance, qui ont investi 10 millions de dollars dans le projet. La rédaction se composent de 32 journalistes professionnels, dont plusieurs vainqueurs de Pulitzer. Ils bossent en partenariat avec d'autres rédactions. L'article récompensé par le Pulitzer a été écrit en collaboration avec le New York Times Magazine. Il est bon de noter que l'article récompensé est accompagné d'une infographie interactive et d'une timeline (frise chronologique). Bref, du tout bon.

Même si les autres catégories récompensent des structures plus classiques, il faut noter que le Rich Media est très présent. Le prix de la catégorie Breaking News Reporting est décerné aux équipes print et online du Seattle Times pour la couverture d'un fait divers. Sur le web, le Seattle Times a mis en place un suivi en live des évènements et a complété la couverture avec une timeline et une google maps.

Dans la catégorie Explanatory Reporting, que l'on peut traduire littéralement par reportage explicatif, Michael Moss du NYT est primé pour un reportage sur des burgers contaminés. Là encore, si la forme est plus traditionnelle, l'article est accompagné d'une vidéo et d'une infographie 2D non interactive. Service minimum par rapport à certaines productions mais le réflexe de compléter l'article par du Rich Media est là. Réflexe que l'on commence à voir un peu partout.
Pour le reportage d'ampleur nationale, le New York Times rafle la mise pour un dossier consacré aux usages dangereux du portable. Là encore sur la version on line, on a de la vidéo, un jeu flash, une timeline en parallèle avec les nombreux articles. Pour le prix de la catégorie du reportage local, décerné au Journal Sentinel de Milwaukee, on trouve de la vidéo, des slideshows (diaporamas), du son... Dans la catégorie internationale, ce sont des slideshows qui accompagnent la plupart des articles du Washington Post. Idem pour le reportage de fond.

Mais s'il y a bien un domaine qui m'intéresse plus particulièrement, c'est celui du photojournalisme. Là encore, la commission Pulitzer a attribué le prix de la catégorie reportage photo de fond à Graig F Walker du Denver Post. Si c'est une sélection de 20 photos qui a été primée, il faut préciser que ce reportage est diffusé sous la forme d'un webdoc sur le site du Denver Post. C'est un travail extrêmement complet rassemblant des photos, du son et de la vidéo, des cartes interactives. Bref, un superbe travail au long cours que j'avais évoqué il y a peu.

Les Pulitzer 2010 confirment donc la tendance actuelle à produire du contenu Rich Media comme une fin en soi ou en complément du print, dans une sorte de package journal/magazine + web. C'est une excellente nouvelle à l'exception prrès que le rich media est quasiment inexistant dans les journaux et magazines français. Reste à convaincre les rédacteurs en chef et chefs de service d'investir dans ce sens...