Lu dans le n°41 (juillet-aout 2010) de "Images magazine" six témoignages de reporters photographes sur le thème: "être photojournaliste aujourd'hui". Parmi ces interviews, deux m'ont plus particulièrement intéressé.

Tout d'abord, les propos de Olivier Laban-Mattei. Je connais un peu le travail de ce talentueux reporter récompensé à plusieurs reprises. Dès le début de l'article, j'apprends qu'il vient de quitter l'AFP, pour qui il a bossé pendant 10 ans. Première info intéressante. Pourquoi un photographe staff de l'AFP qui couvre l'actu internationale quitte cette prestigieuse agence ? "Je ne veux plus d'une autorité qui me dise quoi faire, avoir à demander l'autorisation pour partir. Je veux pouvoir rester sur place autant que nécessaire", justifie Olivier Laban-Mattei. Ça peut paraître dingue, mais je comprends la démarche.

Deuxième question, qu'est-ce qu'il va faire dorénavant? Et c'est là que ça devient très intéressant. Du moins de mon point de vue. "Je sais que ça va être difficile, mais j'ai confiance, j'ai des projets, comme de m'associer avec deux amis qui ont une société de production. Vivre à Bruxelles et travailler sur le sujet Wallon-Flamand que je couvrirai en vidéo mais sous forme d'une véritable enquête, pas de clips Web qui, pour moi, sont juste des images animées ..."

Au moment où je me pose de plus en plus de questions sur ma pratique photographique (le news en PQR), et à l'heure où je pense faire évoluer cette même pratique vers le multimédia (slideshow sonore, webdoc, pano interactif, vidéo ...), je trouve rassurants ces propos de M.Laban-Mattei.

Le deuxième entretien qui me conforte dans cette orientation est celui de Cédric Gerbehaye. Le photographe de l'agence VU vient de réaliser un bon webdoc consacré au conflit qui secoue la République démocratique du Congo: "Parce qu'aucun média ne s'intéressait à ce conflit, nous avons décidé avec MSF (NDLR: médecins sans frontières), de créer un site internet et de faire un web documentaire qui donne la parole aux Kivutiens. Traduit en sept langues, il a été vu par plus de 300.000 personnes".

Vous rendez-vous compte ? Un sujet n'intéressant  pas les médias a été vu par plus de 300.000 personnes. Et ces 300.000 personnes ont fait le choix délibéré de voir tout ou partie de ce webdoc. Il n'était pas inséré entre deux reportages conso et people dans un magazine avec en Une un sujet pour faire rêver les lecteurs. 300.000 personnes ont fait le choix conscient de visionner un webdoc consacrée au RDC... C'est extrêmement encourageant pour tous les reporters, enquêteurs et autres conteurs d'histoires vraies.
La force de ce webdoc, en plus d'être "universel", car disponible en 7 langues, est sa pérennité. Aujourd'hui encore, plusieurs semaines après sa mise en ligne (le 10 juin 2010), ce webdoc est toujours consultable et j'espère qu'il le restera un bon moment encore. Là où la durée de vie d'un journal n'excède pas quelques heures et où un magazine ne dure que 2-3 jours, la vraie force du multimédia online est cette durée dans le temps. Mais ce n'est pas la seule: "Certains voient dans le Web-documentaire une solution à la situation (NDLR: la crise du photojournalisme). Pour moi c'est une évolution car la fusion des différents médias permet de servir un propos", précise Cédric Gerbehaye. No comment, rien à rajouter...

A ces arguments, certains "grincheux" expliquent que si l'avenir du photojournalisme est de faire de la vidéo (même avec un boîtier photo) ce n'est plus de la photo. C'est vrai.
Mais, l'avenir n'est-il pas à l'émergence de JRI (journaliste reporter d'images) au sens premier du terme? Pas un JRI façon TF1 ou France Télévision qui est un journaliste cameraman. Mais un journaliste allant sur le terrain et ramenant des images fixes, animées, interactives (et pourquoi pas les trois en même temps) en fonction du sujet, de l'angle et du support...

Au lycée, j'avais une option audiovisuelle. On y apprenait la photo, le tirage argentique ainsi que la prise de vue et le montage vidéo. A l'époque, je détestais la photo et ne jurais que par la vidéo, le cinéma. Après mures réflexions, je me suis orienté vers le journalisme avec pour objectif de devenir JRI pour la télévision. En école de journalisme, j'ai découvert au cours d'un atelier télé que faire du TF1 ce n'était pas ma tasse de thé.
Mais j'aimais bien tourner des plans vidéo, toucher au montage, peaufiner un son. Et comme il fallait choisir une spécialité en deuxième année, j'ai opté pour la presse écrite avec l'objectif de passer pro dans la photo de presse. Bref, ce petit aparté à caractère autobiographique me permet juste de dire que l'émergence d'une nouvelle race de JRI va me permettre peut-être de faire de la photo, de la vidéo, du montage, du son, de tripatouiller un peu de code (HTML, CSS, XML...) pour produire de bons reportages vus, lus et entendus par 300.000 personnes (voire plus...) ;)

Bien sûr, ce n'est pas facile. Il me faut acquérir de nouvelles compétences, il faut aussi que les médias achètent, diffusent ce genre de productions. Bref, tout est à faire en France. Aux Etats-Unis, mais aussi au Canada, les productions multimédias fleurissent un peu partout. Tout les journaux travaillent dans ce sens alors que la crise dans la presse outre-atlantique est bien pire que chez nous (1797 emplois supprimés aux EU dans la presse écrite en mai-juin 2010). A titre personnel, j'ai fait quelques propositions à ma rédaction en chef. Ils se sont montré très intéressés et m'ont acheté un de mes projets (j'y reviendrai plus tard). Si les lecteurs, visionneurs et la pub sont au rendez vous, ce premier projet pourrait être le début d'une longue série... Sur ces bonnes paroles, je retourne m'autoformer.

NB: dans la revue Images Magazine, vous pourrez aussi lire des entretiens avec William Albert Allard, Andrea Star Reese, Justyna Mielnikiewicz et Gréoire Korganow

NB: chers confrères et collègues, je ne fais pas l'apologie du photojournaliste Shiva qui fait tout en même temps. Ce n'est pas possible et ce n'est pas souhaitable. Là n'est pas mon propos. Sur des sujets qui s'y prêtent et avec un peu de temps, on peut réaliser de jolies choses intéressantes à faire et à regarder... J'y reviendrai à nouveau plus tard.